
Cryptogamie, Bryologie
47 (6) - Pages 101-114Les fumerolles génèrent de forts gradients microclimatiques et édaphiques qui permettent à des communautés bryophytiques de se développer dans des paysages environnants trop secs ou extrêmes. Afin d’explorer ce phénomène, nous avons inventorié les bryophytes dans le Khaybar White Volcano Geopark (nord-ouest de l’Arabie Saoudite) lors de deux campagnes de terrain menées en 2024 et 2025, selon une maille systématique de 5 × 5 km destinée à réduire les biais spatiaux. Dans les fumerolles, les évents ont été comptés par classes de diamètre (0-2, 2-10, 10-50, > 50 cm) au sein de placettes géoréférencées, et la présence ainsi que l’abondance des bryophytes ont été relevées selon l’échelle de Braun-Blanquet. Au total, 188 relevés répartis sur 11 sites ont fourni 1 806 enregistrements correspondant à 37 taxons bryophytiques, soit environ 72 % des 51 espèces connues dans l’ensemble du Géoparc. Treize espèces ont été observées exclusivement dans les fumerolles, et sept présentent des affinités tropicales ou paléotropicales. Les analyses statistiques (corrélations de Spearman, n = 188) ont montré que la richesse spécifique et l’abondance cumulée étaient maximales dans les placettes comportant un plus grand nombre de fumerolles de taille moyenne. Ces valeurs diminuaient à proximité des grands évents (> 50 cm) et ne montraient pas de relation claire pour les petits (≤ 10 cm). Comme les fumerolles moyennes sont également les plus fréquentes, une partie de ce signal peut refléter leur représentation dans le jeu de données ; néanmoins, l’association entre leur abondance et la richesse bryophytique demeurait constante entre les sites. La richesse en espèces tropicales ne variait pas systhématiquement avec la taille des évents, mais se trouvait nettement structurée par l’exposition : les pentes orientées au nord et au nord-est concentraient la majorité des taxons tropicaux. Néanmoins, les résultats suggèrent que les groupements de fumerolles de taille moyenne créent des conditions localement tamponnées favorables à l’installation des bryophytes dans ce contexte volcanique hyper-aride. Sur cette base, nous proposons un indice préliminaire, le Bryothermal Index (BTI), intégrant plusieurs indicateurs à l’échelle des communautés – richesse spécifique, abondance, proportion et fertilité des taxons hygrophiles ou à affinité tropicale – pour estimer l’influence géothermale. Les recherches futures devraient inclure des enregistrements microclimatiques à haute fréquence (température et humidité), des analyses de gaz et de substrat, ainsi que des transects répétés autour des évents pour préciser les mécanismes et valider le BTI. Malgré leur faible superficie (< 1 ha), les fumerolles de Khaybar se distinguent comme d’excellents micro-refuges et méritent d’être considérées pour une protection ciblée sous forme de micro-réserves et pour un suivi écologique à long terme.
Fumerolles, micro-refuges géothermiques, diversité bryophytique, taxons à affinité tropicale, tamponnement hygrométrique, Arabie, effet d’exposition, Bryothermal Index (BTI)