
Anthropozoologica
61 (6) - Pages 79-138La pratique consistant à nommer un organisme d’après un personnage réel (éponymie) est attestée depuis l’Antiquité grecque, mais reste assez rare jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Vers 1700, elle connaît un essor rapide et spectaculaire, notamment sous l’impulsion d’un botaniste et voyageur français, Charles Plumier, qui nomme ainsi de nombreux genres végétaux. L’éponymie se développe au cours des décennies suivantes en demeurant dans un premier temps confinée à la botanique. Elle investit la zoologie, mais seulement au niveau des noms spécifiques, à partir des années 1750, à l’occasion de l’introduction du nouveau système de nomenclature linnéen. Elle devient alors un mode courant de création de zoonymes savants, jusqu’à nos jours. La présente étude décrit cet essor de l’éponymie, en lien avec l’histoire générale de la nomenclature naturaliste au XVIIIe siècle. Elle s’intéresse à sa distribution, à ses procédés néologiques et à la manière dont elle est exploitée par les naturalistes, en particulier dans le choix des éponymes. Elle révèle l’existence de stratégies à la fois scientifiques et extra-scientifiques et la constitution de « réseaux éponymiques » qui compliquent le lien entre les noms et les organismes qu’ils désignent, et elle souligne la spécificité du cas des animaux par rapport aux plantes.
Histoire de la nomenclature zoologique et botanique, noms de genres et d’espèces, éponymie, Charles Plumier, Carl von Linné, Marc Elieser Bloch, Bernard-Germain de Lacepède.