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Opérations d’éradication de prédateurs mammaliens introduits sur des îles françaises de la façade atlantique européenne : une méthode, deux protocoles et trois décennies d’expérience

Olivier LORVELEC, Louis DUTOUQUET, Fabrice BERNARD, Frédéric BIORET, Flavien BOUCHER, David BOURLES, Denis BREDIN, Maxime BREDIN, Jean-Louis CHAPUIS, Isabelle DELACOURTE, Damien FOURCY, Dominique HALLEUX, Yann JACOB, Arnaud LE CRAS, Patricia LE QUILLIEC, Stéphane  RIALLIN, François SIORAT, Pierre YESOU & Benoît PISANU

fr Naturae 2026 (2) - Pages 19-72

Publié le 28 janvier 2026

Confronté à un (ou plusieurs) prédateur mammalien introduit, le gestionnaire d’un territoire insulaire est amené à définir une stratégie de lutte, en associant à sa réflexion des scientifiques et des opérateurs extérieurs compétents. Cette stratégie a pour objectif final le retour à une biodiversité et à un fonctionnement de l’écosystème proches de ceux qui précédaient l’arrivée de l’espèce introduite, en éliminant les effets néfastes qu’elle exerce sur les populations ou communautés d’espèces fragiles et rares. Elle s’appuie généralement sur un objectif opérationnel d’éradication, c’est-à-dire d’élimination de tous les individus de la population insulaire concernée. Nous détaillons ici l’historique des opérations d’éradication menées principalement envers des rongeurs, Rat surmulot Rattus norvegicus (Berkenhout, 1769) et Rat noir Rattus rattus (Linnaeus, 1758), et de façon plus limitée des carnivores, Furet Mustela furo Linnaeus, 1758 et Vison d’Amérique Neogale vison (Schreber, 1777), dans des îles de la façade atlantique française appartenant à six départements (Loire-Atlantique, Morbihan, Finistère, Côtes-d’Armor, Ille-et-Vilaine et Manche). Ces opérations ont débuté en 1994. Une ancienne opération, menée au début des années 1950 avec un poison violent sur l’île Rouzic (les Sept Îles), est également rappelée. Après un descriptif de la méthodologie préconisée pour l’éradication, nous détaillons les deux protocoles appliqués successivement dans le cas des rats. Le premier, de 1994 à 2010, était fondé sur l’utilisation d’une lutte mécanique (pièges non vulnérants) suivie d’une lutte chimique (rodenticides anticoagulants). Le second, mis en pratique depuis 2016, recourt uniquement à la lutte chimique. Nous passons en revue les aspects techniques (expertise écologique ; choix de la densité des postes, du type de piège et de la molécule toxique ; nécropsies et prélèvements de matériel biologique ; calcul d’indices d’abondance), ainsi que les normes réglementaires. Alors que 95 % des rats piégés à l’issue de l’opération (premier protocole) le sont en moyenne après onze jours, 95 % des appâts consommés (second protocole) le sont en moyenne après 17 jours. Le résultat des opérations d’éradication sur les îles françaises de la façade atlantique, appliquant l’un ou l’autre des deux protocoles, est de 13 succès sur 18 opérations aux résultats connus (avec une seule opération pour le Rat noir). Une analyse approfondie des échecs montre que les opérations d’éradication du Rat surmulot utilisant l’un ou l’autre des deux protocoles ont toujours été couronnées de succès, sauf dans deux cas. D’une part, lorsque la possibilité d’une recolonisation par l’estran n’avait pas été suffisamment prise en compte, c’est-à-dire si les mesures de biosécurité consécutives au piégeage et/ou à l’appâtage étaient insuffisantes. D’autre part, lorsque les conditions d’application des protocoles n’avaient pas pu être pleinement respectées, en raison de problèmes logistiques et/ou de perturbations anthropiques inévitables. Bien que nous considérions que les deux protocoles ont permis d’obtenir des résultats très satisfaisants, nous préconisons à l’avenir le second, utilisant uniquement la lutte chimique, pour des raisons purement logistiques.


Mots-clés :

Gestion de populations, rats, piégeage, empoisonnement, îles continentales

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